Kenya Rosabella

Adnan KOURDJEE

Tous les super-héros ne portent pas de cape : l’histoire inspirante de Rosabella

Au cœur des collines verdoyantes de Nandi, au Kenya, une femme prouve chaque jour qu’on peut changer le monde sans porter de cape. Rosabella, entrepreneuse passionnée et profondément humaniste, a transformé sa vision de l’entraide en un véritable projet de vie : autonomiser les femmes de sa communauté grâce au café.

Une vocation née d’une éducation forte

Inspirée par sa mère, la force tranquille derrière son éducation, Rosabella a toujours voulu aider les femmes autour d’elle à offrir un avenir meilleur à leurs enfants. Mais distribuer de l’argent ne suffisait pas : elle voulait leur donner les moyens de se relever durablement.

Lorsqu’elle s’installe avec son mari Samy dans une ancienne propriété coloniale des collines de Nandi, ils découvrent que seuls les Britanniques avaient autrefois le droit d’y cultiver le café. En 2019, le couple décide de replanter leurs premiers caféiers… et d’y voir bien plus qu’une simple activité agricole.

Le café comme levier d’émancipation

Rapidement, des femmes de la région viennent frapper à la porte de Rosabella pour chercher du travail. Leurs histoires la bouleversent : longues journées à transporter du charbon, conflits avec la police, familles affamées… Elle comprend alors que le café pourrait être leur chance.

Elle réunit quarante femmes, les encourage à acheter des semis à prix réduit (parfois contre des œufs !) et les forme à cultiver leurs propres caféiers. Pour Rosabella, il ne s’agissait pas d’un don, mais d’un partenariat : leur offrir la dignité et la fierté d’être actrices de leur destin.

Certaines ont dû affronter les résistances de leurs maris, allant jusqu’à replanter leurs arbres cinq fois. Mais la solidarité et la persévérance ont porté leurs fruits : aujourd’hui, plus de 60 agricultrices se sont regroupées sous le nom Chepsangor Women Farmers, fières productrices d’un café d’exception.

Un café durable et engagé

Les plantations s’étendent entre 1760 et 2100 mètres d’altitude et accueillent des variétés de café Ruiru et Batian. Les femmes de Chepsangor pratiquent une culture zéro labour, respectueuse de la biodiversité :

  • les caféiers poussent à l’ombre des arbres indigènes,

  • les rivières sont protégées par des bandes de végétation naturelle,

  • des ruches favorisent la pollinisation,

  • et la santé des sols est préservée grâce au compost et au fumier organique.

Rosabella expérimente aussi l’usage du biogaz comme alternative au bois de chauffage, et collabore avec les autorités locales pour donner à ces femmes un accès durable à l’eau, à l’énergie et à un commerce en ligne.

Un modèle de changement

Ce qui a commencé comme un rêve personnel est aujourd’hui une réussite collective. Les femmes de Chepsangor parlent anglais, dirigent leur propre coopérative et bâtissent un futur plus juste et plus autonome. Leur café, qu’il soit naturel, lavé ou anaérobie, n’est pas qu’un produit d’exception — c’est le symbole d’une renaissance.

Parce qu’au fond, tous les super-héros ne portent pas de cape.
Certaines portent des bottes de pluie, cultivent la terre… et changent le monde, une tasse à la fois.

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